Mieux comprendre le phénomène de la douleur

La douleur est définie comme une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée à un dommage tissulaire présent ou potentiel (en fonction de la mémoire d’une blessure identique par le passé). À partir du site d’une lésion nait un message nerveux nociceptif (du latin nocere qui veut dire nuire) qui est véhiculé le long des nerfs sensoriels jusqu’au cerveau, où l’impulsion se transforme en sensation de douleur. La transmission nerveuse du message de douleur se fait via des récepteurs dans les tissus qui vont capter le message nociceptif et le transmettre au nerf sensoriel qui l’achemine vers la moelle épinière. De la moelle épinière, le message est transmis au tronc cérébral, puis au thalamus dans le cerveau et enfin du thalamus au cortex du cerveau dans la région sensorielle.

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Toutefois, il faut comprendre que la douleur joue un rôle important dans la protection du fonctionnement du corps, car elle agit comme un signal d’alerte. Lors d’une blessure, le déclenchement de la douleur nous en informe afin qu’on limite le potentiel d’aggravation du problème. Il s’agit d’une mesure de protection. Dans le cadre de la douleur chronique, cependant, la douleur ne joue plus un rôle de protection, elle se transforme en attaque constante, le résultat d’une plasticité négative qui s’est installée au niveau du cerveau.

La douleur est modulée tout au long de son cheminement par différents systèmes et, selon leurs activités respectives, ils peuvent augmenter ou diminuer l’intensité du signal qu’ils transmettent au cerveau. Parmi ces systèmes qui ont la capacité d’augmenter ou de diminuer l’intensité de la douleur ressentie, on retrouve, entre autres, le système vestibulaire, le système nerveux sympathique, le système réticulé, le système sérotoninergique, le thalamus, l’hypothalamus et les neurones nociceptifs non spécifiques à large gamme dynamique (notamment impliqués dans les cas de douleurs chroniques). Il existe trois mécanismes dans notre système nerveux qui contrôlent la modulation des systèmes inhibiteurs de douleur : le contrôle médullaire, le contrôle inhibiteur diffus et le contrôle des centres supérieurs du système nerveux central.

Comment perçoit-on la douleur?

La perception de la douleur se fait principalement via deux types de fibres nerveuses nociceptives, soit les fibres A-delta, qui sont à petit diamètre avec une gaine de myéline, et les fibres C, qui sont très petites sans gaine de myéline. Deux chercheurs de l’Université McGill, les docteurs Wall et Melzack, ont proposé un modèle du portillon de la douleur (« gate theory of pain ») qui s’effectue dans la substance gélatineuse de la moelle, expliquant un des effets de modulation sur la douleur. Selon leur modèle, lorsque des fibres A-alpha à large diamètre avec gaine de myéline (non douloureuses) sont stimulées par le mouvement, le massage, le courant transcutané (TENS), etc., ils ferment la porte à l’entrée du message des fibres A-delta et C, créant ainsi une inhibition de la perception de la douleur.

Prenons un exemple simple : lorsqu’on se réveille le matin et qu’on ressent de la raideur et de la douleur dans les jointures, c’est que les fibres C se sont activées pendant la nuit. Règle générale, dès qu’on commence à bouger et à activer ces jointures, la douleur disparait, car selon le modèle du portillon élaboré par les docteurs Wall et Melzack, les fibres A-alpha ont été stimulées et ont eu pour effet d’inhiber la sensation de douleur.

Ainsi, lorsqu’il y a une activité régulière du mouvement des articulations du corps, les récepteurs des fibres A-alpha demeurent stimulés et actifs. Cependant, s’il y a une période d’immobilisation ou le blocage d’une articulation, la transmission du message A-alpha diminue et il en résulte une augmentation de la perception de la douleur puisque le portillon sera envahi par les fibres C qui ne seront pas inhibées à cause du manque de messages provenant des fibres A-alpha.

Les neurotransmetteurs jouent aussi un rôle dans l’augmentation ou la diminution de l’intensité d’un signal douloureux. La sérotonine et la noradrénaline influencent la capacité du cerveau à diminuer la perception de la douleur. La substance P (une chaîne d’acides aminés dans la moelle épinière) et le facteur de croissance du tissu nerveux ont un effet de plasticité sur les neurones nociceptifs non spécifiques à large gamme dynamique situés dans la corne dorsale de la substance grise de la moelle épinière, ce qui augmente la perception de la douleur.

Les hormones telles l’estrogène, la progestérone et la testostérone ont aussi un effet sur la douleur, et ce, à cause de leur capacité à influencer l’augmentation ou la diminution de la production de neurotransmetteurs qui ont un effet de modulation sur la douleur. Par exemple, les femmes ayant une diminution d’estrogène lors de la ménopause subissent également une diminution de la production de sérotonine, ce qui les rend à risque pour la dépression et la perte de modulation de la douleur.

Traiter efficacement la modulation de la douleur

Différentes stratégies de traitement peuvent être élaborées pour combattre la douleur aiguë ou chronique. Le type de tissus lésé, la nature de la lésion, l’ampleur de la lésion et le temps passé entre la lésion initiale et le moment présent vont influencer le protocole de traitement. L’objectif est de cibler les systèmes modulateurs d’inhibition, d’augmenter l’apport des fibres A-alpha et de diminuer, voire éliminer, l’apport des fibres A-delta et C.

Pour y arriver, des traitements personnalisés basés sur des interventions chiropratiques et en neurologie fonctionnelle, combinés à l’utilisation de divers appareils thérapeutiques produiront des résultats remarquables. Puisqu’il n’existe pas de recette préétablie, une évaluation approfondie de la condition du patient est le point de départ pour déterminer quelles thérapies et interventions seront utilisées, ainsi que quand, où, comment et pendant combien de temps, et ce, au fur et à mesure que l’état du patient évolue.

Parmi ces diverses interventions et thérapies :

1. Des ajustements chiropratiques avec ou sans cavitation permettront de normaliser le mouvement biomécanique afin d’optimiser les signaux provenant des fibres A-alpha pour fermer le portillon aux fibres A-delta et C. Un influx nerveux normalisé des fibres A-alpha permettra également de diminuer graduellement l’effet des neurones nociceptifs non spécifiques à large gamme dynamique qui, dans les cas de douleurs chroniques, ont développé une plasticité négative et agissent comme amplificateurs de la douleur, et ce, même lorsque la lésion initiale est presque guérit.

2.  Des traitements de neurologie fonctionnelle serviront à stimuler le système vestibulaire, ce qui aura un effet d’inhiber la douleur via les réflexes vestibulo-sympathiques. Des stimulations cérébrales seront effectuées par le biais d’exercices utilisant une bande optokinétique, une chaise rotative et l’excitation des canaux semi-circulaires via des manœuvres de repositionnement.

3.  L’utilisation de microcourants aura un effet de sédation sur les fibres C et A-delta qui sont responsable de la transmission de la douleur.

4.  Le courant interférentiel, selon les fréquences choisies, aura un effet de sédation sur les fibres C et A-delta, en plus de stimuler les fibres A-alpha (non douloureuse), ce qui réduira davantage le message et l’effet des neurones nociceptifs non spécifiques à large gamme dynamique.

5.  La neurocryostimulation hyperbare au CO2 aura un effet direct localement sur la lésion qui est la source de la douleur en diminuant l’activité des cytokines inflammatoires. Elle aura également un effet indirect via la voie spino-hypothalamique qui vient activer l’hypothalamus qui, à son tour, va diminuer l’activité du système nerveux sympathique, ce dernier ayant une grande influence sur la perception de la douleur.

6.  Le traitement des points gâchettes aura un effet inhibiteur diffus induit par des stimulations nociceptives. La compression d’un point gâchette crée une ischémie locale qui produit une douleur avec radiation dans une autre région du corps. L’effet diffus résulte en une inhibition de la douleur grâce à la production locale d’endorphine et d’enképhaline puis la libération de sérotonine par le noyau raphé. Le tout aide à créer une inhibition de la douleur.

7.  En ciblant certains points d’acuponcture, la thérapie méridienne stimulera la production d’endorphine et d’enképhaline qui vont inhiber la douleur localement. D’ailleurs, des évaluations utilisant la résonnance magnétique fonctionnelle et la tomographie par émission de positrons (PET scan) ont démontré que la thérapie méridienne a un effet de modulation des centres sensoriels du cerveau qui induit une plasticité positive pour inhiber la douleur. Donc, en visant des points d’acuponcture stratégiques, il est possible de reprogrammer la perception de la douleur. Cette approche est de plus en plus utilisée pour traiter des douleurs dites « fantômes », telles celles associées à un membre amputé. Elle est effectuée par le biais du laser froid pulsé, des microcourants ou de l’électro-acuponctoscopie, des techniques qui servent à stimuler les points d’acuponctures appropriés.

8.  Le laser froid pulsé sera utilisé pour diminuer rapidement l’inflammation et stimuler la production d’endorphines et d’enképhaline, ce qui accélérera le processus d’inhibition de la douleur.

9. La pneumo-otoscopie sera utilisée pour stimuler la formation réticulée du bulbe du cerveau qui, lorsqu’il est activé, a un effet inhibitoire sur l’activité du système nerveux sympathique impliqué dans la perception de la douleur.

10. Des stimulations lumineuses (avec les lunettes EyeLights) auront un effet sur le système sérotoninergique en stimulant la production de sérotonine par le noyau raphé situé dans le tronc cérébral. La sérotonine, un neurotransmetteur, agit comme inhibiteur de la douleur ainsi que comme antidépresseur. Ce n’est pas par hasard qu’une personne souffrant de dépression associée à un manque de sérotonine ressent une augmentation de la perception de la douleur. Dans les cas de fibromyalgie, le traitement en médecine traditionnelle est de prescrire un antidépresseur qui aura un effet sur la sérotonine. Les traitements en neurologie fonctionnelle, cependant, ont recours à des stimulations qui encouragent le corps à produire sa propre sérotonine.

11.  Le kinésio taping stimulera les fibres A-alpha via les récepteurs dans la peau, les tendons et les muscles de façon à inhiber la douleur, de même que stimuler la circulation lymphatique locale.

Le phénomène de la douleur étant fort complexe, l’utilisation judicieuse d’ajustements chiropratiques, d’interventions en neurologie fonctionnelle et de diverses thérapies complémentaires servira à influencer les récepteurs des messages de douleur transmis vers le cerveau. Pour des résultats efficaces et durables, ces traitements devront être effectués dans le cadre d’une approche globale qui tient compte aussi de régler le problème qui a initialement provoqué la douleur.

L’avantage ajouté proposé par une stratégie de traitement qui s’adresse tout autant à la modulation de la douleur que la source initiale du problème, c’est qu’elle permet de soigner des personnes souffrant de douleurs aiguës ou chroniques, comme les douleurs qui persistent malgré la guérison du traumatisme initial ou qui semblent inexplicables, car elles sont parfois associées à une plasticité négative qui s’est installée au fil du temps au niveau cérébral et dans la moelle épinière.

Auteur : Dr Yves Roy, D.C., chiropraticien
Février 2015

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